Les femmes migrantes ou la migration féminine est un
phénomène passé sous silence et rendu invisible. Pourtant la migration des
femmes n'est pas négligeable dans la globalité de ce fait social.
Les femmes migrantes ou la migration féminine est un phénomène
passé sous silence et rendu invisible. Pourtant la migration des femmes n'est
pas négligeable dans la globalité de ce fait social. Car il faut parler de fait
social plutôt que de problème ou de gestion de flux. Nous ne sommes pas en
train de répondre à un problème technique de production ou de recherche de
performance mais de répondre à un enjeu humain de dimension planétaire. Cet
enjeu, comme beaucoup d'enjeux humains, est d’autant plus criant que les
populations, les groupes sociaux, sont fragiles, vulnérables, c'est à dire avec
le moins de capacité de se protéger ou de se défendre. C'est le cas de femmes
migrantes. Elles subissent une double peine : celle d'être une femme en
situation de vulnérabilité et celle d'être migrant. Étant femme, elles subissent
les inégalités femmes-hommes. Déjà dans la perception que nous avons de la
migration : lorsque nous parlons de migrant, l'imaginaire culturel collectif
voit d'abord un homme jeune maghrébin, noir ou asiatique. On peut bien sûr se
poser la question de la construction et de l'entretien de cet imaginaire : par
qui ? Pour quoi ? Comment ? Si nous
avions une image de femme peut être aurions nous collectivement moins peur ?!
L'image est masculine, pourtant la part des femmes dans
l’immigration augmente. Actuellement elles représentent 49 % des migrants dans
le monde, 52 % en Europe. Rappelons, à toutes fins utiles, que les migrants ne
représentent que 3 % de la population mondiale et que les migrations du Sud
vers le Nord ne représentent que 40% des 3 % soit 1,2 % de la population
mondiale... On est loin de l’immigration massive et invasive.
Donc déjà elle représente la moitié et elles sont invisibles
culturellement. Ensuite, quand on s'imagine une femme immigrée, on voit la
femme soumise qui suit son mari. Pourtant de plus en plus de femmes voyagent
seules. Pour certains pays l'émigration est même quasiment composée que de
femme. 65 % de l'émigration depuis les Philippines est le fait des femmes. 70 %
des migrants d’Amériques latines présents en Italie sont des femmes. Les femmes
voyagent donc de plus en plus seules. Mais on s'imagine que c'est
nécessairement pour retrouver un mari qui a réussi à s'installer tant bien que
mal et qui la fait venir. Cette immigration existe bien sûr mais elle ne
recouvre pas la totalité du phénomène (30% des regroupements familiales
concernent les hommes) et la migration féminine ne peut pas être réduite au
cadre familiale ou conjugale. Les femmes migrent aussi, comme les hommes, avec
leur propres projet migratoire pour trouver une situation à la hauteur des
diplômes (38 % des femmes immigrés sont diplômées), pour fuir une situation
intenable, pour fuir des violences, pour faire des études, trouver une vie
meilleure, moins dangereuse, chercher une protection, etc... Il est temps de
considérer que les femmes peuvent être indépendantes et combatives avec un
projet migratoire bien à elle pour maîtriser leur destin. En France, c'est 4
femmes sur 10 qui migrent seules. Un tiers des 6 milliards de dollars
annuellement envoyés par les migrants de Philippines vient du travail des
femmes émigrées. Selon l'étude de l'économiste Hippolyte d'Albis, parmi les
migrants, ce sont les femmes qui contribuent le plus à l'économie française.
Employées comme nounou ou femme de ménage, elles permettent à d'autres de
travailler et leur travail a ainsi un effet multiplicateur. Les assigner à un
rôle de "mère de " ou d'"épouse de", c'est les maintenir
dans des situations de dépendances qui nient leur autonomie.
Outre le fait que la migration féminine n'est pas appréciée à
sa juste réalité sociale, les femmes sont aussi davantage victimes de la
dangerosité des routes migratoires. Pour les femmes comme pour les hommes la
migration est un risque de plus en plus grand. Les possibilités de visa de plus
en plus maigres. L’Europe se ferme, se barricade derrière de vrais murs (Grêce,
Ceuta, Melila, ... ) mobilise des bâtiments militaires avec Frontex.
Ces dispositions rendent les routes rares donc dangereuses et
sont responsables des morts notamment en méditerranée. Nous rendons ces routes
mortelles, ce n'est pas une fatalité ! C'est un choix politique.
Dans cette zone de non droit qu'est la clandestinité, les
femmes sont davantage victimes de la violence. Violences sexuelles (viol,
prostitution), violences sociales et culturelles (accusée de sorcellerie car
hors normes sociales), violences sexistes et racistes dans les pays traversés,
violences économiques par le racket et les trafics. Elles sont la cible des
passeurs, des policiers, des douaniers et même parfois des compagnons de route.
Ces violences ne sont pas le fait d'indélicats déviants, ces
violences sont la conséquence d'une inégalité sociale entre les hommes et les
femmes, présente de par le monde et qui s'aggrave dans les situations de
précarité extrême.
Les violences que subissent les femmes pourraient constituer
des raisons suffisantes pour leur donner l'asile. La Convention de Genève n'est
pas réservée aux seuls persécutés politiques. Elle s'adresse à tous les groupes
sociaux qui craignent légitimement pour leur intégrité. Certains pays
considèrent que les femmes sont un groupe social. A ce titre les mariages
forcés, les rites de veuvage dégradant, la mutilation sexuelle infantile ou
l'exclusion sociale des divorcées sont considérés comme des raisons valables
pour donner l'asile... Sauf en France ! France pays de la déclaration des
droits de l'homme, pays au combat féministe, la France considère donc ces
violences en dehors du champ politique, relevant de la sphère privée. Non,
résister, refuser ces violences est un acte politique posé par ces femmes. Les
femmes qui s'opposent à ces traitements inhumains et dégradants constituent un
groupe social à part entière et doivent pouvoir bénéficier de la protection au
titre de la convention de Genève.
Enfin, pour finir, les femmes sont généralement un levier
important de l'inclusion des immigrés dans la société, ce sont elles qui
s'engagent le plus dans la vie scolaire des enfants et dans les associations
locales.
Il faut penser une politique d'inclusion et d'hospitalité
redonnant à ces femmes toute leur place.
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