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samedi 14 octobre 2017

Les causes de l’émigration en Afrique




La question de l’immigration africaine taraude autant les pays d’arrivée que ceux de départ. Hammadoun TAMBOURA, Amadou SY, et Hermann DIARRA trois spécialistes économiques africains se proposent pour les lecteurs d’Info241, de passer en revue les causes de l’émigration africaine vers les pays du Nord. Celles si seraient avant tout économiques, précisent les auteurs, mais pas que. Analyse.




La grande majorité des pays africains souffrent d’un appauvrissement général depuis la décolonisation 60 ans plus tard. Le continent importe plusieurs produits de premières nécessités prolongeant les systèmes d’échanges coloniaux. Les produits locaux restent sous valorisés, étouffant toutes possibilités de développement d’une industrie locale. L’Afrique souffre d’autres maux : guerres ethniques et politiques, insécurité alimentaire, mauvaise gouvernance…
Face à ces difficultés, la population, désemparée et désœuvrée, voit l’émigration comme l’ultime solution. L’occident est perçu comme une terre promise ou tous les rêves se réalisent selon les croyances. Beaucoup de jeunes quittent leurs villages, leurs pays, pour chercher un avenir meilleur afin de subvenir aux besoins de leurs familles mais aussi pour s’émanciper. Mais quitter sa famille et ses origines pour un retour non garanti n’est pas facile pour des jeunes, alors quelles sont les causes qui les poussent à partir ?
Qui sont les candidats à l’émigration ? [1]
L’histoire de l’émigration africaine, en particulier de l’Afrique de l’Ouest et Orientale, permet de distinguer trois grandes catégories de population candidates pour rejoindre les pays dits riches. Les premières vagues d’immigration au sortir de la colonisation pendant les années 60-70 ont coïncidé avec les trente glorieuses en Europe. Le besoin de main d’œuvre de l’industrie a entrainé un recrutement massif de salariés dans les pays africains à l’initiative des pays comme la France, la Belgique et les Pays-Bas entre autres. Cette vague de départs en Europe concerne essentiellement le Maghreb et dans une moindre mesure l’Afrique noire. La caractéristique principale de ces émigrés appelés « migrants économiques, est leur faible qualification. Ils occupent des emplois d’ouvriers à faible valeur ajoutée en Europe. Leur impact sur le développement de leur pays d’origine reste très marginal et se limite uniquement aux besoins de subsistance de leurs familles. Aujourd’hui cette émigration continue et est alimentée par la forte croissance démographique et l’absence de politiques publiques de développement économique efficaces.
Les guerres et l’instabilité dans certaines régions d’Afrique sont à l’origine d’une vague d’émigration importante. Les conflits au Darfour, au Sud Soudan, en Somalie, au Mali, en Erythrée… entraînent des demandeurs d’asile en Europe et aussi en Amérique du Nord. Les conflits ont été à l’origine des plus grands déplacements de population dans le monde. Le retour de ces personnes reste très compliqué car le déracinement et les circonstances de leur départ font qu’elles sont davantage attachées à leur pays adoptif.
Depuis le début des années 2000, le profil des migrants commence à changer sous la pression des pays occidentaux (politique de l’immigration choisie au Canada par exemple mais aussi aux Etats-Unis). De plus en plus de jeunes diplômés, formés dans les universités occidentales, restent et s’intègrent parfaitement à l’économie locale grâce à leurs compétences. Cette jeunesse accède à des postes à hautes responsabilités dans les entreprises. Ces migrants d’un nouveau genre, disposent d’un savoir-faire permettant d’amorcer véritablement le développement de leur pays d’origine. Mais encore faut-il que l’Afrique accepte et accueille dignement ses enfants ? Aujourd’hui, une concurrence « néfaste » entre les élites locales qui voient leur pré-carré menacé par cette diaspora est contraire à l’intérêt des populations africaines.
Les causes sont avant tout économiques [2]
La croissance économique de l’Afrique ne s’accompagne pas d’une réduction effective de la pauvreté. Elle ne génère suffisamment pas d’emplois durables pour les jeunes. Elle est marquée par une forte inégalité dans le partage des richesses au profit des entreprises multinationales et des élites politiques. Seule une minorité de la population en voit les effets positifs. Cette situation résulte d’une carence de politiques économiques adéquates pour réfléchir sur le fond du sujet au niveau local. Aujourd’hui l’Afrique dispose d’atouts importants et stratégiques comme l’abondance de main œuvre. Pour faire échos à Jean Bodin « Il n’est de richesses que d’homme ». L’Afrique concentre aujourd’hui 550 millions de personnes en âge de travailler et en 2050 ce chiffre devrait atteindre plus d’un milliard devant la Chine et l’Inde. Néanmoins, près de 70% des jeunes de moins 25 ans sont sans emploi. Les jeunes qui représentent environ 60% des chômeurs, sont désespérés par l’absence totale de perspectives et cela se traduit par l’émigration.
Ainsi, après la triste époque de la traite des noirs, l’océan Atlantique est devenu de nouveaux le cimetière pour de nombreux émigrants africains. Le silence coupable des dirigeants africains sur le drame épouvantable de l’émigration illégale est inacceptable et condamnable. En outre, le mythe de l’eldorado occidental est un lourd fardeau pour les candidats à l’émigration. Entre le rêve nourrit d’espoirs dans le pays d’origine et la confrontation à la conjoncture économique morose du pays d’accueil, les migrants se retrouvent à faire passer le bien-être et l’amélioration de la situation économique de la famille, avant de penser à leur propre cause. En effet, la population restée en Afrique considère l’occident comme une manne financière, ce qui fait que les migrants sont régulièrement sollicités pour couvrir les dépenses quotidiennes de leurs familles. Certains migrants sont prêts à vivre dans des conditions de vie inhumaines et en dessous du seuil de pauvreté, afin de subvenir aux besoins de leurs familles restés là-bas. Ceux qui ne réussissent pas et qui veulent rester dignes, sont souvent condamnés à rompre le contact. Il n’est surtout pas envisageable pour ces personnes de retourner car revenir les mains vides, sans ressources financières, représente une profonde honte. Après avoir montré leur incapacité à apporter des solutions idoines aux problèmes économiques, l’Afrique n’est-elle pas en train de se vider de ses jeunes et de leurs cerveaux au profit des plus riches ?
Les causes sont aussi politiques et sociales  [3]
Les dirigeants africains ont abdiqué sur le plan de la gestion politique et sociale. En effet, l’instabilité politique et l’insécurité grandissante font que nombre de pays africains se retrouvent en permanence dans une trappe à pauvreté infernale. Les élites politiques sont souvent au milieu de conflits d’intérêts entre communautés. Chaque partie veut conserver ou exalter son ancrage territorial provoquant des conflits et des déplacements de populations.
Les guerres nuisent à la cohésion sociale et poussent une partie de la population à émigrer en quête d’un avenir meilleur. Les Etats africains n’ont pas pris la mesure des départs des jeunes et même les voient d’un bon œil dans un souci d’apaisement social. L’injustice sociale, la corruption des élites et le manque de vision sont les principales caractéristiques de cette situation exécrable. Les élus au niveau des collectivités locales sont en majorité préoccupés par les futures élections au lieu de rendre l’environnement favorable contre les flux de départs. Le citoyen vivant en milieu rural n’est pas correctement informé de ses droits, tout du moins, il ne cherche pas à les connaître. Ainsi, les responsabilités sont partagées tant du côté du citoyen que de l’Etat.
C’est triste de constater que les africains vont continuer à chercher un avenir prospère ailleurs au moment où le reste du monde voit l’Afrique comme une grande terre d’opportunités, malgré les risques politiques et les difficultés sociales. Malgré tout, il y a une nouvelle génération de leaders africains éclairés, capables d’œuvrer pour la promotion de la démocratie et des droits humains, mais aussi de la mise en place de nouvelles conditions de paix et de liberté, gage d’un développement durable.
[1Hammadoun TAMBOURA est Consultant Expert financier et économique – Expert comptable stagiaire, membre de la Cellule pour le Développement (CPD) et membre de l’Association Nationale des Jeunes Economistes du Mali (ANJEM).
[2Amadou SY est Consultant Expert en Diagnostic Economique et Financier auprès des comités d’entreprise et comité de Groupe Européen, membre du Centre d’Etudes et de Réflexion du Mali (CERM), membre de la Fédération des Jeunes Economistes de l’Afrique de l’Ouest (FJEAO) et membre de l’Association Diplomatique des Jeunes pour les Nations Unies (ADJNU).
[3Hermann DIARRA est Consultant Expert en management et système d’information – chef de projet informatique, membre du Centre d’Etudes et de Réflexion du Mali (CERM), membre de l’Association Afrique des Idées (ADI) et membre du Cadre de Réflexion pour le Développement (CRD).

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lundi 11 septembre 2017

Les prix AEA 'Afrique Espoir Avenir' du Africa Now Forum | Info Afrique

Les prix AEA 'Afrique Espoir Avenir' du Africa Now Forum | Info Afrique: AFRICA NOW FORUM 2017 LANCE SES PRIX DES RÉUSSITES AEA : « AFRIQUE - ESPOIR – AVENIR » - À YAOUNDÉ LE 20 OCTOBRE 2017 Une initiative africaine permettant d

jeudi 23 mars 2017

CHEIKH AHMED TIDAINE SY AL MAKHTOUM: UN ESPRIT SONORE

             Il était un le maître du signe sous le sens.
             Même les amis de Dieu meurent…

Le voilà donc épuisant son temps de vie sur terre !
Un beau site de verdure vient de nous être voilé. Serigne Cheikh était un esprit sonore, doublé d’un rebelle indomptable, quand il s’agissait de montrer du doigt l’épilepsie des hommes fascinés par l’argent et le pouvoir. Dans la profondeur des nuits, j’aimais écouter sa voix unique, paisible, avec son rythme haché, traînant, revenant toujours une fois, deux fois sur le dernier mot de la phrase prononcée. Il était Serigne Cheikh, c’est à dire inimitable. Il avait cultivé en lui cet apaisement de l’esprit qui égrenait des leçons de vie comme longtemps tamisées, pesées et repesées par une pensée hors norme qui allait puiser le poids de chaque mot dans des dictionnaires jamais établis. Il venait donc de quel monde pour nous parler comme il nous parlait ? Il savait se soustraire de la banalité, de la tenace médiocrité de nos vies pourries par des systèmes politiques aux finalités douteuses. Serigne Cheikh défendait tout, protégeait tout avec la parole de Dieu et non avec les louanges et les courbettes de ceux qui cherchent à plaire. Il était de ceux, rares, dont on ne pouvait pas changer la nature. « Il avait choisi d’être ce qui convenait le mieux à ce qu’il était profondément à l’intérieur de lui-même ». La majesté, l’orage, la force et la finesse de ses messages en faisaient un pèlerin loin des lieux communs de la vie. Tout chez lui était firmament, dépassement, qualité, exigence, érudition, exégèse même, beauté, conviction. Se raccorder à ses pensées était un jeu de haute voltige. Il était un apôtre d’un autre temps du monde. A la fois poète lumineux, guide et maître spirituel inféodé, philosophe désappointant et fécond, il précédait l’éternité quand nous, nous fixions comme horizon le seul futur. Dans une société moderne et laïcisée où l’on tentait de faire peu de place à la religion, il ramenait par sa parole contemporaine l’ordre et le respect. Serigne Cheikh était pour moi une sorte d’île, un débarcadère où ne descendait pas qui veut. Son toucher de mots était renversant, au sens où la métaphore et la parabole vous plaçaient dans un tourbillon où le sens ne se révélait pas gratuitement. Avec Serigne Cheikh, il nous fallait toujours un parachute, car sa parole nous venait de très haut. Cette parole était une parure.

             Pape Malick Sy, dont le port naturel et la voix naturelle rappellent celle de Serigne Cheikh, une sorte d’ADN qui relit la famille Sy, avait un jour dit cette phrase emblématique qui m’était restée : « Il y a des mamelles que l’on tête pour s’envoler dans les airs et d’autres que l’on tête pour ramper comme un reptile ». Oui, Al Makhtoum habitait il y a bien longtemps les étoiles. Il était l’architecte d’une pyramide dont le sommet côtoyait le ciel. C’est comme s’il dormait toujours là-haut, lisait là-haut le Coran, écrivait là-haut, méditait de là-haut, puis redescendait nous parler sur terre, quand le temps de la société était mauvais. Son discours, ses messages, pour ceux qui savaient les décoder, étaient d’une révélation incandescente. Était-il un homme ou était-il tout entier une montagne ? Nous avons fini par apprendre avec lui, que nous resterons toujours vulnérables si nous restons ignorants, c’est à dire attachés aux seules choses d’ici-bas. Serigne Cheikh avait déchiffré pour nous tous les mystères. Il était un désenchanté de la vie des hommes sur terre, car nous nous élevons si peu, nous volons si bas et sommes si souillés. Lui, vivait dans la transcendance. Il traversait la vie sans filet. « Croire en Dieu rend plus heureux ». Al Makhtoum était dans la seule sécurisation qui vaille: celle du divin. Dieu est apaisant. Serigne Cheikh ne connaissait ni angoisse, ni peur. C’était un être très épais. Son savoir éclairait son action sociale et politique. Il était un solide et foudroyant intellectuel, un universel domptant toutes les cultures, nombre de langues. Il parlait de Kant et de Marx, comme il parlait d’El Hadji Malick Sy et de Serigne Touba. Quand il s’exprimait en français, c’était un ravissement. Il gouvernait sa vie et ne se laissait gouverner que par Dieu. Il n’acceptait de céder qu’à la vérité, au soleil, à la lune, car partout où l’homme dégrade la vérité, il se dégrade lui-même. Par ailleurs, nul homme ne peut cacher le soleil, la lune. Al Makhtoum était tout entier d’une « spiritualité radioactive ». Sa vie comme son œuvre ont irradié nombre de croyants. Serigne Cheikh m’a toujours rappelé les mots de l’inventeur de la bombe atomique, Albert Einstein: « La science sans la religion est boiteuse, la religion sans la science est aveugle ». Les idéologies sont ainsi mortes, faute d’avoir réussi à convaincre les peuples de leur utilité au service des sociétés. Al Makhtoum savait à nul autre pareil parler aux hommes de pouvoir. Avec lui, nous étions arrivés par croire que l’éradication des hommes politiques diminuerait les risques de cancer de la langue dans le monde. La politique qui était un terme si noble, est devenue, depuis, répugnante et hideuse. A sa manière, son discours a souvent bien révélé cette vérité, car il avait un sens de l’humour à la fois exquis, croustillant et rageusement dévastateur. Mais tout était dans la finesse. Tout chez lui venait d’une longue méditation nourrie par une invincible culture islamique et laïque. Il était d’une grandeur morale sans nom. Dans les ruines du monde moderne, il apparaissait toujours comme une aurore quand il prenait la parole pour nous parler. Cette parole nous a beaucoup manqués depuis que la maladie l’a éloignée de nous.

             Depuis Paris où j’ai appris son sommeil en ce mois de mars qui m’a vu naître,  il m’a semblé entendre tous les jours le bruit des chapelets qu’égrenaient les Sénégalais pour le repos de son âme. Avec Serigne Cheikh, derrière un horizon il y avait toujours un autre horizon.

            Il avait lu mon poème consacré à Mohamed, celui dont le seul nom « ajoute de la lumière à la lumière ». Il en avait dit un mot, lors d’un grand rassemblement, comme l’artiste peintre Serigne Ndiaye, un disciple, me l’avait rapporté. Cela m’avait ému. Depuis ce jour, moi qui n’ai appris qu’à m’agenouiller et me réfugier aux seuls pieds de ma maman, avais envisagé d’aller l’embrasser un jour, si l’horloge divine en fixait l’heure. Je me rappellerais toujours de sa phrase : « Quand vous appelez le hasard, ce n’est pas le hasard qui répond, mais Dieu ».
           Souleymane Bachir Diagne nous disait que « Le prophète Mohamed-PSL- est le dernier des prophètes, veut dire que l’humanité a atteint sa maturité qui fait que cette humanité est désormais responsable devant l’œuvre à accomplir. Plus personne ne viendra nous tenir la main pour nous dire: voilà ce qu’il faut faire ». Al Makhtoum, à sa manière, nous tenait la main. Il avait un art invisible de se faire aimer. Nous l’aimions, car il nous faisait habiter les sommets de l’esprit sans ascenseur.

           Bienvenue à Serigne Abdou Aziz SY, Al Amine, à la tête de cette grande et réconfortante confrérie dont les pères fondateurs ont laissé des chemins de miel pour ceux cherchent Dieu et le droit chemin. Ce n’est pas autrement d’ailleurs que toutes les autres confréries de ce cher pays s’échinent à faire de la lumière notre autoroute sans péage vers Dieu et Son prophète bien-aimé.
   
          Un homme sanglé de vertus, fervent et parfumé d’islam, un homme soigné et raffiné, civilisé jusqu’à la moelle, un homme incurablement engagé, franc, persuasif, un être au robuste appétit coranique, un guide considérable, décisif, tranquille, apaisant et apaisé, un orateur solennel, bien garni, nous laisse seul avec nous-mêmes. Mais aussi loin que le temps nous portera, son image, sa parole, son héritage en un mot, nous précédera et balisera notre vie, cette vie dont on dit à juste raison, qu’elle est notre première maladie mortelle.
           Un parmi ses plus beaux messages, est que « l’on respecte Dieu dans l’acceptation de l’autre ». Cette voix n’est pas éteinte, car le monde a besoin d’elle pour sortir de l’entre-soi.


                                                          ./.

                                                                             Amadou Lamine Sall
                                                                                          Poète

jeudi 2 mars 2017

L’avenir de l’alimentation et de l’agriculture: Tendances et défis



Comment pouvons-nous atteindre la vision initiale de la FAO d’un monde libéré de la faim et de la malnutrition?

Le rapport fournit des éclaircissements sur la nature des défis auxquels font face aujourd’hui et tout on long du 21ème siècle, l’agriculture et les systèmes alimentaires, et donne un aperçu des enjeux et de la marche à suivre. Il en émerge que le « statu quo » n’est plus une viable et qu’une transformation majeure des systèmes agricoles, des économies rurales et de la gestion des ressources naturelles est nécessaire.
Le rapport a été réalisé pour l’examen quadriennale du Cadre stratégique de la FAO et en préparation du Plan à moyen terme de l’Organisation 2018-2021.