Le Centre de
recherches pour le développement international (CRDI), du Canada, et le Depatement
for International Development (DFID), du Royaume-Uni, ont annoncé aujourd’hui le
financement de quatre projets de recherche visant à s’attaquer aux effets des
changements climatiques en Afrique et en Asie. Financés dans le cadre de
l’Initiative de recherche concertée sur l’adaptation en Afrique et en Asie
(IRCAAA),dotée de 70 millions de dollars et s’échelonnant sur sept ans, ces
projets adopteront une démarche qui donnera lieu à une compréhension nouvelle
des effets des changements climatiques et de l’adaptation à ceux-ci dans
certaines des régions les plus vulnérables de l’Afrique et de l’Asie.
Par le truchement de
quatre consortiums regroupant des entités de différentes régions du globe,
l’IRCAAA se concentrera sur trois zones cruciales – à savoir les régions semi-arides de
l’Afrique, de l’Asie du Sud et de l’Asie centrale, les deltas en
Afrique et en Asie du Sud et les bassins hydrographiques de l’Himalaya – afin
d’inspirer des politiques efficaces et la prise de mesures concrètes sur le
terrain. L’initiative porte sur plusieurs pays et régions et englobe plusieurs
secteurs, en se servant des zones cruciales comme axe de recherche. En Afrique,
l’IRCAAA s’intéressera à deux zones cruciales : les régions semi-arides en
Afrique de l’Est, en Afrique de l’Ouest et en Afrique australe, ainsi que les
deltas de la Volta et du Nil.
« Il découlera de
ces recherches des constatations concrètes dont pourront se servir les
responsables des politiques et les décideurs à l’échelle locale. Elles aideront
les milieux d’affaires, les ministères à vocation économique et les communautés
économiques régionales à se doter de politiques et de stratégies
d’investissement qui auront pour effet de réduire la pauvreté tout en
favorisant l’adaptation, a déclaré Jean Lebel, président du CRDI.À
titre d’exemple, elles permettrontaux entreprises de savoir comment réagir face
aux nouveaux défis et possibilités qui surgissent sur le marché en raison des
changements climatiques et d’autres éléments moteurs clés dans les terres
semi-arides, et ellespermettront aux gouvernements dedéterminer comment aider
les entreprises à s’adapter aux effets que ces changements ont sur leur
production et sur les chaînes de valeur. »
« L’IRCAAA va constituer une solide
assise de données probantes sur ce qui fonctionne, et sur ce qui ne fonctionne
pas, pour ce qui est d’aider certaines des collectivités les plus vulnérables de
la planète à accroître leur résilience aux phénomènes climatiques extrêmes et à
s’adapter aux changements climatiques, et cela est on ne peut plus opportun, a
pour sa part affirmé Virinder Sharma, conseiller en matière de changements
climatiques au bureau du DFID au Kenya. Je trouve particulièrement encourageant
le fait que l’initiative entend interagir avec des parties prenantes et
intervenirà tous les échelons – local, national, régional et international –,
et ce, dès le début. Et l’accent qui sera mis sur le passage de la recherche
aux politiques et aux pratiques constitue un élément majeur. Ce recours à un
mode collaboratif contribuera à faire en sorte que les données probantes
soientutiles aux décideurs pertinents. »
Les auteurs du rapport
du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat devant paraître ce
mois-ciprévoient notamment que le réchauffement planétaire viendra exacerber
les conditions de sécheresse dans les régions arides du globe. Dans ces
environnements déjà inhospitaliers, la poursuite de la hausse des températures
et de la diminution des ressources en eau mettra de plus en plus à rude épreuve
ceux qui tirent leur subsistance des ressources naturelles, notamment de
l’agriculture, de la pêche ou de la forêt.
Toujours selon ce
rapport, d’ici le milieu du siècle, les températures estivales moyennes dans de
grands pans de l’Afrique pourraient dépasser les records historiques, ce qui contribuerait
à la rareté de l’eau et entraînerait des récoltes déficitaires. Les campagnes
culturales pourraient être raccourcies de jusqu’à 20 % en certains
endroits au Sahel (en Afrique de l’Ouest), en Afrique australe et en Afrique de
l’Est.
Les changements
climatiques devraient également avoir des effets sur les zones côtières. À
titre d’exemple, le delta du Nil est fortement exposé à l’élévation du niveau
des océans et à la salinisation du sol, et cela pourrait entraîner le
déplacement de quelque 1,3 million de personnes d’ici 2050. Des impacts du même
ordre sont prévus dans de vastes deltas en Inde et au Bangladesh et, cette
fois, plus de 100 millions de personnes seraient touchées.
Dans des zones
fragilisées, des pressions qui relèvent du développement viennent s’ajouter à celles
qui découlent des changements climatiques. À titre d’exemple, la vallée du Rift,
au Kenya, est aux prises avec des précipitations irrégulières; les sécheresses
et les inondations qui y surviennent en alternance ont des effets néfastes sur
la population, le bétail, les parcours, la faune et les infrastructures. Or, la
transformation non planifiée de l’utilisation des terres et l’insécurité foncière
viennent aggraver la situation. Les agriculteurs et les pasteurs qui ont peu
accès aux capitaux sont le plus à risque. Il y a toutefois lieu de noter que
les changements en cours se répercuteront aussi bien sur les citadins que sur les
populations rurales. Si les prévisions les plus pessimistes se concrétisent,
d’ici la deuxième moitié du siècle, il faudra peut-être transformer des systèmes
de subsistance tout entiers dans ces terres semi-arides.